mercredi 3 octobre 2012

Dans les yeux des girafes



« C'est en regardant très attentivement les girafes dans les yeux qu’on peut voir si elles chantent faux ou si elles chantent vrai. » Jacques Prévert in L’Opéra des girafes

Cette citation m’a agrippé un jour, telles ces petites boules végétales qui se collent à vos vêlements lors de vos ballades dans la nature, et ne m’a plus lâché depuis.


Pur produit du conservatoire, je suis sorti diplômé sachant lire 7 clefs couramment, déchiffrer aussi bien Bach que Messiaen, et, bien sûr, chanter juste…au 9ème de ton près.

« Chanter juste », n’est-ce pas la base pour un chanteur ?
Oui mais comment fait-on pour « chanter juste » ?

En tant que pédagogue, j’ai toujours été convaincu que  « tout le monde peut chanter juste.»
Il suffit de trouver le trajet le plus direct entre la réception d’un son à une hauteur donnée, et l’émission de son propre son à la même hauteur.
Pour certains le chemin est tout tracé, pour d’autres quelques détours sont nécessaires, pour quelques un c’est entrer dans un dédale sans être certain de trouver la sortie.
Le pédagogue doit alors endosser le costume d’Ariane aux belles boucles, comme la surnomma Homère, et donner le fil qui permettra au chanteur de retrouver son chemin.

Il faut bien admettre que cette histoire de chanter juste est aussi contextuelle.
Plongez n’importe quel chanteur nord-occidental dans une culture où le micro intervalle est la base du langage musical et voyez si le parcours reste aussi spontané où s’il faut un temps d’adaptation à notre Thésée des chants modernes.
Ainsi certains de ces chanteurs enfermés dans leur labyrinthe se retrouvent à suivre un chemin sans obstacles en changeant d’échelle.
Ô surprise ! Auraient-ils vécus dans cet environnement musical dans une autre vie ?
En attendant, leur envie, dans cette vie présente, est de chanter dans leur bain musical quotidien.
Le pédagogue doit alors apprendre à convertir l’échelle du chanteur pour qu’elle corresponde à l’échelle de son environnement. Si 1£ vaut 1.24749 € pourquoi 1 barreau extérieur ne vaudrait-il pas 1,5 barreau intérieur ?



C’est alors que je croise Prévert sur mon chemin de pédagogue, ainsi que quelques autres pédagogues ou praticiens à qui je suis extrêmement reconnaissant.

« C'est en regardant très attentivement les girafes dans les yeux qu’on peut voir si elles chantent faux ou si elles chantent vrai. »

Encore une fois la richesse de la langue française …

Cherchez le synonyme de « vrai » (comme je l’ai fait pour vous dans ce qui me sert de traitement de texte) et vous trouverez : juste, correct, parfait, conforme. Ce qui colle fort bien à ma formation de conservatoire. Mais vous trouverez aussi sincère, authentique…
Si c’est en regardant dans les yeux des girafes, ce n’est donc pas en écoutant leur chant. (d’autant que la girafe, si elle n’est pas muette, est tout sauf prolixe, seul le girafon en cas de stress pousse quelques sons proches du beuglement de nos vaches !).

C’est donc en écoutant sa propre musique intérieure, sa petite musique de Lui, que le chanteur va, à tout son, chanter « juste ».
C’est donc en retrouvant sa capacité à s’écouter qu’il va trouver sa justesse et son chant libre.
C’est donc en percevant la vibration de son propre instrument qu’il pourra l’amener à vibrer en harmonie avec celui d’un autre.

C’est de l’intérieur vers l’extérieur que va se faire le chemin, et non plus l’inverse.
En tournant son écoute vers soi le chanteur va découvrir le pourquoi du comment de la construction du dédale, du filtre de l’information, de la transformation du stimulus. Il va pouvoir ainsi tracer son chemin comme bon lui semble.

En trouvant ainsi la voix libre dans sa spontanéité et sa justesse le chanteur reconnait ses motivations profondes et ouvre la porte à l’épanouissement de ses potentiels, avec une confiance retrouvée.

C’est le but des ateliers Vive Voix qui ont lieu aux Echos de soi une fois par mois.
C’est aussi une démarche plus personnelle que l’on peut suivre en séances individuelles.  Tout est Vibration


Nous sommes tous des girafes.


2 commentaires:

  1. Hihihihi je peux être un girafon ? parce que depuis une certaine poésie de Maurice Carême mise en musique par Poulenc (mélodie que j'aime particulièrement chanter - juste ou faux ça je n'en sais plus rien - ), j'aime les girafons ... encore plus que les girafes.

    très beau texte, que je partage immédiatement ;)

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    1. Oui ! Un girafon. D'autant que c'est plus simple de regarder dans ses yeux...c'est moins haut !

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