samedi 30 août 2014

Une petite madeleine musicale.

"...Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse : ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi."
(...)
" Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul."
(...)
"Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir. "

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann, 1913. 

Le plaisir, l'amour, l'essence précieuse du Moi qui est et non pas qui contient, tout est dit.

Venons-en maintenant aux autres sens que le goût et l'odorat, totalement indissociables dans cette madeleine, et surtout à celui de l'ouïe qui nous intéresse plus particulièrement dans ces pages.

Dans son ouvrage Sérénade pour un cerveau musicien (Chez Odile Jacob)  le neurologue, neurophysiologiste, neuropharmacologue, Pierre Lemarquis explique ce phénomène.

En dehors de la dimension psychologique liée à la culture et à l'affect, il existe une explication liée au fonctionnement d'une partie profonde de notre cerveau qui commande le circuit du plaisir et de la récompense.
Cette même zone est activée par l'amour, certaines substances illicites et... la musique. 
Une fois activée elle entraine la production de dopamine, liée au désir, de sérotonine, aux effets antidépresseurs, d'adrénaline, aux effets tonifiants, enfin de morphine, aux effets planants.

Quel magnifique cocktail, le tout endogène, produit par nous même, dans les doses nécessaires et non néfastes.
Alors je vous propose de chercher votre petite (ou grande) musique-madeleine, et pourquoi pas de la partager avec nous en commentaires.




Et pour celles et ceux qui préfèrent laisser le passé au passé, je propose de lancer la production de ces hormones positives lors d'un bain sonore Sonorelax© :
30 minutes de détente totale, baignés dans les sons des bols tibétains et des carillons, associés au bâton de pluie... Vous vous allongez sur la table de massage, habillé, et vous vous laissez porter.

Belle madeleine à tous.

Allez, en "bonus" ma petite madeleine à moi (avec climax durant le solo de trompette).

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